OneLab ep.1 - La Maison Organique

OneLab ep.1 - La Maison Organique

Ceci est une histoire vraie... qui n’est pas encore arrivée 😉

Bienvenue dans ce premier épisode de la saison 2 de OneLab. Tu embarques ici dans un voyage imaginaire en audio. Les évènements se déroulent dans le futur, sur un oasis qu’on appelle OneLab qui fait 200, 2000 ou 20 ou 2 hectares selon les visions.

Les épisodes se consultent de préférence dans l’ordre. Je te souhaite une bonne écoute ! Et à toi de jouer ;-) N’oublie pas que le meilleur moyen de prédire l’avenir est encore de le créer.

PSsT : Si tu te le demande, les images c’est cadeau, elle n’apportent rien à l’histoire. Celles ci ont été tournée dans les gorges du Verdon cet automne 2021 🤩


C’est une belle matinée d’un automne qui commence tout juste à s’exprimer. Ça fait bien des années que je ne programme plus de réveil, la vie choisit très bien pour moi la quantité de sommeil appropriée. J’adore cette saison, lorsque les premiers arbustes s’habillent de feu et annoncent quelques semaines de spectacle pour les yeux.

« Je suis chez-moi ». Cette phrase qui semblera parfaitement banale pour beaucoup me vient pourtant à l’esprit tous les matins. Pour célébrer mon premier tiers de siècle vécu sur Terre, j’ai choisi de me faire un cadeau. Je me suis offert une maison, un temple dédié au bien-être et à l’évolution de mon incarnation.
J’ai toujours eu cette faim insatiable de découvertes, de rencontres et de regards différents sur le monde. Toujours en mouvement, mes racines n’ont jamais eu le plaisir de se fixer dans une parcelle d’espace temps déterminée. Pendant 13 ans, à rythmes très variables, j’ai changé de paysage, d’environnement, de culture, de projets, d’envies. Toutes ces années de rêveur-voyageur-entrepreneur-nomade, je me suis senti comme un étudiant… à l’école de la vie.

Aujourd’hui c’est différent, l’école est finie, je le sens au fond de moi. Non pas que je n’ai plus rien à apprendre, au contraire ! Tous ces voyages m’ont enseigné que le trésor de vie qui met chaque être en mouvement se trouve caché dans notre cœur. Alors pour continuer à apprendre, à explorer l’infinité de la vie, j’ai choisi d’entreprend quelques voyages de mes mondes intérieurs. Et ma maison sera là pour m’y aider.

Mon chez moi est simple, minimaliste, géométrique. Ce nouvel endroit est l’opportunité pour moi d’avoir plus d’espace et non plus d’objets. Les possessions me possèdent, elles alourdissent mes mouvements et influencent mes décisions.
Avant de concevoir puis de construire cette cabane 4 étoiles, ma vie matérielle était réduite à 1 sac à dos et demi. Tout ce qui entrait dans le sac était utile ; tout ce qui n’entrait pas dans le sac était bonus. Hors de question pour moi de devenir esclave des objets superflus.

Ma maison m’a couté 15.000€. Je me considère dans la catégorie des privilégiés. Espace, lumière, silence, confort et nature voilà ma définition du luxe.

Sortie du lit

Je suis encore dans mon lit, allongé sur le dos, les yeux focus sur l’infini à travers la grande paroi vitrée. Le ciel orange feu est désormais tout bleu.

J’ai conçu ma maison d’une seule pièce séparable en deux parties par un immense rideau épais. Je kiffe la sensation de dormir dehors, mais j’apprécie aussi passer des nuits protégé des éléments. Alors pourquoi ne pas combiner les deux ? Dormir au frais mais pas dans le froid, voir les étoiles et la lune sans se prendre la pluie ni la brume.

L’air est invité par des trappes à circuler tout doucement à l’intérieur. Et les ambiances sonores nocturnes en profitent pour me bercer la nuit.

Je fini par sortir de ce confortable matelas, ma petite place de parking où je gare mon véhicule biologique chaque nuit. J’ouvre le grand rideau qui sépare l’alcôve du reste de la maison. Il fait 16°C dans la grande pièce, température parfaite pour le matin. Mon petit rituel change chaque jour, mais généralement je m’offre une petite phase de réveil corporel sur le tapis moelleux au centre de la maison et je conclus par un petit plouf dans la rivière à 10 minutes d’ici.

Retour de baignade

Sur le chemin, ça craque sous les pieds, la surface des champignons a gelé. Je suis de retour chez moi, c’est le premier prototype, la version #1 d’un concept d’habitat en gestation depuis des années dans mon imaginaire. Les plans sont diffusés en Open Source et il ne reste donc plus qu’à jouer le rôle de Beta testeur pour proposer des améliorations et ajustements.

Mon envie a toujours été simple et claire : je voulais avoir la sensation d’habiter une maison tout en conservant la légèreté d’un habitat mobile. Une sorte de chez moi ancré à la Terre mais qui peut également se démonter, se transporter et se remonter en l’espace de deux journées.

L’histoire commence réellement en 2012, lorsque je fais la rencontre d’un prospectus d’une bouleversante simplicité. Voici la question qu’il nous posait :

« Pourquoi payer 200.000$ pour une maison, alors que tu peux en avoir une autre tout aussi confortable pour 20.000$ ? »

Oui ? Pourquoi je ferai ça ? La question mérite d’être posée.

Pourquoi s’endetter sur 25 ans, se rendre esclave d’un revenu pendant si longtemps pour s’offrir le simple fait d’habiter chez soi ? Même si quelque part je comprends les paramètres qui emmène à faire ce choix de nos jours, je n’ai jamais vraiment pu me résoudre à adopter celle logique là.

Pour l’histoire, ce prospectus m’a trouvé en Nouvelle-Zélande, ce pays où les gens ont la drôle d’habitude de trancher leur maison en plusieurs parties pour la reconstituer ailleurs sur un nouveau terrain.

Conception

Au départ j’étais parti sur l’idée d’un dôme géodésique. Cette géométrie me fascine, autant pour sa beauté que ses propriétés intrinsèques. J’ai finalement choisi une forme cousine tout aussi belle mais beaucoup plus simple à protéger de la pluie : Le Zome.

La première étape de conception fut de plonger dans cette forme pure avec le soutien d’un logiciel 3D afin de comprendre intimement les lignes, les angles, les rapports qui accompagnent cette figure incarnant la fleur de vie en 3 dimensions.
J’ai bien aimé la période de vie où j’étais dévelopeur informatique. En imaginant mon chez moi, j’ai eu l’impression de retrouver ça, quelque part j’était en train de coder la matière, c’était agréable.

Au delà de l’objet fini, j’ai abordé la conception de cette maison comme un framework, une méthode de construction qui peut être itérée sous une infinie de formes différentes. Ça parlera probablement aux geeks.

Transportable

Les grosses baraques ancrées dans le sol ne m’ont jamais attiré. Ça fait beaucoup de matière, beaucoup de mémoires dans des murs qui ne peuvent pas bouger.
C’est un tel investissement personnel de se faire un chez soi que l’idée qu’il soit fixe ne me convient pas. Comment faire si dans deux ans la vie m’emmène ailleurs ? Et comment faire si mon voisinage ne me convient plus ? Faudra t’il tout recommencer ? Non, ce n’est pas obligé si dès le départ, la maison est conçue pour se déplacer.

C’est vrai, j’aurais pu la construire directement avec des roues, prête à rouler un peu partout, mais j’ai déjà bien assez vécu sur les routes et je n’ai pas envie de me limiter aux lieux accessibles en voiture.
En fait, l’absence de roue est plutôt symbolique pour inviter mes racines à faire l’expérience de s’implanter sur un lieu donné.

Transformable

La maison est constituée de losanges assemblés et solidarisés les uns aux autres. Il n’y a besoin de presque aucun outil pour le montage et chaque panneau pèse une vingtaine de kilos.

Chaque losange peut être retiré individuellement de la structure puis modifié, remplacé, interchangé. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé au début avec une fenêtre que j’avais placé initialement à l’Ouest pensant préférer accueillir la lumière du soir. Comme je me réveille tôt désormais, j’ai décidé de faire l’échange avec un autre bloc pour qu’elle se trouve en direction de la lumière du matin.

Une fois tous les blocs assemblés, la maison est hors d’air et hors d’eau. Le montage est tellement rapide à faire qu’ensuite il nous reste encore toute notre énergie pour aménager l’intérieur.

Pour son premier montage, au jour 0, j’ai souhaité qu’elle soit parfaitement vide, excepté un matelas kingsize. Je voulais découvrir le confort d’une simple exo-cellule qui me protège des éléments sans superflu.

Non pas que j’affectionne la galère, au contraire ! Je ne suis pas de ceux qui ressentent de l’honneur à mériter le confort au prix de la sueur. J’ai souhaité emménager dans une maison parfaitement vide pour le plaisir d’adopter des processus qui ressemblent à la vie.

C’est ainsi que chaque semaine au début, puis à peu près chaque mois ensuite je déposais un nouveau trait sur cette page blanche. Une étagère par ci, un bouton par là, de la couleur, un peu plus de lumière ou de confort. La semaine dernière j’ai gravé au laser un crop-circle sur un mur, c’est magnifique.

Chaque amélioration devient une célébration. J’ai installé très rapidement un système électrique autonome, pour me permettre de profiter du pouvoir de création infini qui sommeille dans ce combo visseuse - scie sauteuse (sans oublier mon ordi).

J’avais pu expérimenter cette méthode quelques années auparavant, en camion. C’est magique, quand on se laisse vivre un espace avant de l’aménager il y a beaucoup moins de choses superflues à nous encombrer.

La Maison Organique

J’aime bien appeler cette architecture la maison organique, c’est une maison vivante, qui change avec les années et pourquoi pas même avec les saisons. Au delà des formes et des méthodes de fabrication c’est une invitation à changer de paradigme, une autre manière de penser et de vivre dans sa maison.

Grâce à l’imaginaire débordant des publicitaires, chaque maison aujourd’hui a pour challenge de contenir tout le monde et tous les objets de tout le monde. Une maison sans aspirateur, sans machine à laver, sans tondeuse, sans four de cuisine, etc n’est pas tout à fait une maison.

Alors que d’un coté la vie se déroule dans un mouvement perpétuel d’expansion et de contraction, de l’autre nous devons nous adapter aux limites définies par des murs définitivement figés dans la matière. Toujours trop petit en début de vie et finalement trop grand, à la fin, quand tout le monde est parti.

Et si la grande maison monolithique s’offrait le luxe de s’éclater un peu, dans tous les sens du terme. Elle troquerai son modèle de « gros bloc quadrangulaire » contre une forme plutôt « grappe de raisin ». Au lieu d’avoir une grande bâtisse centralisée, il y aurai plusieurs petites unités indépendantes et interconnectées.

Un moment donné l’humanité à switché du mode tribal au mode noyau familial. Et bien pourquoi pas prendre le meilleur des deux mondes ? La tribu familiale.
L’architecture des bâtiments impose l’architecture des relations humaines. Pourquoi Papa et Maman dorment-ils dans le même lit tous les soirs de leur vie ? L’un ronfle et l’autre aime lire la nuit. Dans une maison monolithique, le flow est grippé, les habitudes se fossilisent.

Dans une maison organique, ça bouge, ça change, ça grandit puis ça rétrécie. Lorsqu’un enfant ou un adolescent désire plus d’indépendance une nouvelle cellule est ajoutée à la grappe familiale rien que pour lui. Ainsi le jour où la vie le pousse à s’envoler hors du nid, il aura déjà son habitat mobile prêt à bouger avec lui.

Suite au prochain épisode...